Le champion des poids lourds de l’UFC, Tom Aspinall, a enfin livré sa version complète de l’histoire concernant le combat tant attendu contre Jon Jones qui ne s’est jamais concrétisé. Dans deux interviews récentes accordées à Piers Morgan et TNT Sports, le Britannique de 32 ans s’est montré d’une franchise désarmante, révélant les coulisses d’une attente frustrante et partageant son respect inattendu pour la légende américaine.
Un respect surprenant pour le GOAT

Lors de son entretien avec le journaliste controversé Piers Morgan, Tom Aspinall a surpris en reconnaissant ouvertement la supériorité du parcours de Jon Jones. Loin de la bravade habituelle des combattants de MMA, le champion britannique a fait preuve d’une lucidité remarquable. « En réalité, je suis d’accord avec beaucoup de choses que Jon Jones dit. Quand on compare nos palmarès, le sien est bien supérieur au mien », a-t-il déclaré sans détour.
Cette franchise tranche avec le ton généralement adopté par les combattants cherchant à affronter une légende. Aspinall reconnaît la réalité objective : Jones possède l’un des plus impressionnants palmarès de l’histoire du MMA, avec 28 victoires pour seulement 1 défaite par disqualification controversée, ayant dominé la division des poids lourds-légers pendant des années avant de conquérir la ceinture des poids lourds.
Mais Aspinall va plus loin en analysant la position de son adversaire potentiel avec une maturité inhabituelle dans le monde du trash-talk permanent qu’est devenu le MMA moderne. « Le risque et la récompense sont complètement différents : pour lui, le risque est immense, il a tout à perdre », explique-t-il avec une compréhension qui pourrait surprendre.
Cette analyse met en lumière un aspect crucial du combat qui ne s’est jamais matérialisé. Pour Jon Jones, affronter Tom Aspinall représentait effectivement un pari asymétrique. Une défaite aurait terni son héritage légendaire, tandis qu’une victoire n’ajoutait pas grand-chose à une carrière déjà complète. Aspinall possède la jeunesse, la vitesse et l’explosivité que Jones n’a plus à 37 ans. Le Britannique représentait un danger inédit, un type d’adversaire que Jones n’avait jamais affronté : un poids lourd naturel aussi rapide qu’un poids moyen, avec une puissance destructrice.
Cette compréhension démontre qu’Aspinall n’est pas simplement un combattant redoutable, mais également un analyste stratégique capable de voir au-delà de l’égo. Il comprend la logique qui a poussé Jones à éviter ce combat, même s’il ne la partage pas nécessairement.
Les atouts d’Aspinall : jeunesse, athlétisme et puissance
Après avoir reconnu la supériorité du palmarès de Jones, Aspinall n’a pas manqué de souligner ses propres avantages dans un combat hypothétique. Son analyse repose sur une évaluation froide de la réalité physique et athlétique. « Il est incroyable dans tous les domaines. Mais je suis bien plus jeune, bien plus athlétique et beaucoup plus grand. Je possède une puissance qu’il n’a jamais vue auparavant, ni même approchée », affirme-t-il avec une confiance mesurée.
L’avantage de la jeunesse est indéniable. À 32 ans, Aspinall possède un avantage générationnel significatif sur Jones qui en avait 37 lors de sa retraite en juin 2025. Cette différence d’âge de cinq ans est cruciale dans le MMA, particulièrement chez les poids lourds où les réflexes et la capacité de récupération diminuent avec le temps. Jones a combattu au plus haut niveau pendant 15 ans, accumulant l’usure physique que seuls les champions de longue durée connaissent.
Tom Aspinall est reconnu comme l’un des poids lourds les plus athlétiques de l’histoire de l’UFC. Ses attributs physiques exceptionnels incluent une vitesse explosive qui lui a permis d’établir le record du temps moyen de combat le plus court de la division à 1 minute et 9 secondes. Il se déplace comme un poids moyen malgré ses 115-120 kg, affichant une mobilité remarquable et une coordination exceptionnelle dans les transitions entre striking et grappling. Son cardio de haut niveau lui permet de maintenir un rythme élevé que peu de poids lourds peuvent soutenir.
Pour un poids lourd de 1,93 m et 115-120 kg, cette combinaison d’attributs est extrêmement rare. La plupart des combattants de cette taille sacrifient la vitesse pour la puissance, ou vice versa. Aspinall possède les deux, ce qui fait de lui une anomalie dans la division.
C’est sur la puissance qu’Aspinall affirme posséder un avantage décisif. Cette affirmation audacieuse mérite d’être examinée attentivement. Sur ses 15 victoires professionnelles, 12 sont venues par KO ou TKO, soit 80% de finitions par frappe. Aucune de ses victoires n’est venue aux points, ce qui témoigne de sa capacité destructrice. Jones a effectivement affronté des frappeurs puissants au cours de sa carrière, mais peu combinaient la puissance d’Aspinall avec sa vitesse et son timing parfait. Francis Ngannou possédait une puissance comparable, mais Jones ne l’a jamais affronté. Daniel Cormier était un excellent wrestler et striker, mais sans la puissance brute d’Aspinall. Alexander Gustafsson était grand et technique, mais moins explosif.
La capacité du Britannique à générer une force explosive en une fraction de seconde représente un défi unique que Jones n’avait probablement jamais rencontré. Aspinall ne frappe pas seulement fort, il frappe vite et avec précision, une combinaison mortelle qui a terminé tous ses adversaires récents en moins de deux minutes.
Bien qu’Aspinall affirme être « beaucoup plus grand » que Jones, la réalité est plus nuancée. Ils ont exactement la même taille officielle de 1,93 m. Jones possède même une allonge supérieure de 17 cm avec ses 2,15 m contre 1,98 m pour Aspinall. Ce que voulait probablement dire Aspinall, c’est qu’il est un poids lourd naturel avec une ossature lourde, tandis que Jones est monté de la catégorie des poids lourds-légers. Cette différence de structure physique donne effectivement à Aspinall un avantage en termes de masse musculaire naturelle développée sur un cadre de poids lourd, de puissance de frappe générée par une masse corporelle plus importante, et de solidité structurelle avec des os et articulations adaptés au poids lourd.
« Je suis le meilleur du monde aujourd’hui »

Malgré son respect pour Jones, Aspinall n’a pas manqué d’affirmer sa position actuelle dans la division avec une clarté cristalline. « Je comprends ce qu’il dit à propos de son palmarès, mais pour moi, ce n’est pas une question de carrière. C’est une question de savoir qui est le meilleur au monde aujourd’hui — et je pense que c’est moi », déclare-t-il en établissant une distinction cruciale.
Cette distinction entre « meilleur de tous les temps » et « meilleur actuellement » est fondamentale pour comprendre la position d’Aspinall. Jon Jones reste le GOAT historique avec un palmarès incomparable, une dominance sur deux divisions, des victoires contre tous les meilleurs de son époque et une longévité exceptionnelle de 15 ans au sommet. Mais Tom Aspinall se considère comme le meilleur poids lourd actuel, champion incontesté depuis juin 2025, finissant tous ses adversaires rapidement, sans faiblesse apparente et dans son prime athlétique.
Cette nuance démontre une maturité intellectuelle rare chez les combattants de MMA, souvent prompts à se proclamer les meilleurs de l’histoire après quelques victoires. Aspinall comprend la différence entre excellence historique et supériorité actuelle. Il ne cherche pas à effacer l’héritage de Jones, mais simplement à affirmer sa domination sur la génération actuelle de poids lourds.
Lorsque Piers Morgan lui a demandé si battre Jon Jones ferait de lui l’un des meilleurs poids lourds de tous les temps, la réponse d’Aspinall a été directe et révélatrice. « Non. Ça ferait simplement de moi le meilleur poids lourd du moment », a-t-il affirmé sans hésitation.
Cette humilité apparente cache en réalité une compréhension profonde de ce qui constitue un héritage dans le MMA. Aspinall sait qu’une seule victoire, même contre Jones, ne suffirait pas à bâtir un statut de GOAT. Le palmarès reste incomplet avec seulement 15 victoires professionnelles contre 28 pour Jones. Au moment de ces déclarations, Aspinall n’avait pas encore défendu sa ceinture unifiée tandis que Jones en avait accumulé 11 défenses aux poids lourds-légers. La carrière d’Aspinall, bien que brillante, ne compte que 11 ans depuis ses débuts professionnels en 2014, contre 16 ans pour Jones.
Le contexte d’une victoire hypothétique aurait également compté. Battre un Jones de 37-38 ans en fin de carrière n’aurait pas eu la même valeur que de le battre dans son prime. L’absence de dominance prolongée est également un facteur : le statut de GOAT nécessite des années de domination, pas un seul combat, aussi impressionnant soit-il.
Pour devenir GOAT selon les standards historiques, il faudrait accumuler au minimum cinq à dix défenses de titre contre les meilleurs adversaires, des victoires sur plusieurs générations de combattants, une domination dans différents contextes face à différents styles, une longévité au sommet d’au moins sept à dix ans, et un impact culturel significatif sur le sport. Aspinall comprend que Jones a accompli tout cela et plus encore. Une seule victoire, même éclatante, ne changerait pas cette réalité historique.
« J’avais les mains liées par l’UFC »

Dans son interview avec TNT Sports, Tom Aspinall a révélé les coulisses frustrantes de son attente pour le combat contre Jon Jones. Contrairement à la perception publique selon laquelle il aurait simplement attendu passivement pendant plus d’un an, la réalité était bien plus complexe et éprouvante.
« Ce n’est pas tout à fait exact », a déclaré Aspinall en réponse aux comparaisons avec Michael Chandler attendant Conor McGregor. « Il m’est souvent arrivé que l’UFC me dise, par exemple : ‘Le combat contre Jon Jones aura lieu dans trois mois’. On commençait le camp d’entraînement, l’intensité augmentait, puis la date était décalée. »
Cette révélation éclaire d’un jour nouveau l’attente apparemment passive du champion britannique. Aspinall a révélé que ce scénario s’est produit « trois ou quatre fois » avant la retraite finale de Jones en juin 2025. Imaginez la frustration : commencer un camp d’entraînement intensif de huit à douze semaines, avec des entraînements biquotidiens, du sparring intense, une préparation physique maximale et éventuellement une réduction progressive du poids, pour ensuite voir le combat annulé ou reporté.
L’impact d’un camp d’entraînement sans combat est dévastateur à plusieurs niveaux. Physiquement, c’est épuisant : le corps est poussé à ses limites pendant des semaines en vue d’un objectif précis, puis doit récupérer sans avoir eu l’opportunité de performer. Mentalement, c’est encore plus difficile : la préparation psychologique est aussi intense que le physique, avec de la visualisation du combat, de l’étude vidéo de l’adversaire, du stress pré-combat et de l’anticipation émotionnelle. Tout cela pour rien.
Après chaque camp annulé, Aspinall devait récupérer comme après un vrai combat, perdant ainsi un temps d’entraînement productif et accumulant de la frustration. Financièrement, les camps coûtent cher entre les salaires des entraîneurs, les frais de sparring partners, les suppléments et la nutrition spécialisée, sans parler de la perte de revenus potentiels puisque pas de combat signifie pas de bourse.
« Cela s’est produit trois ou quatre fois, puis il a finalement pris sa retraite », explique Aspinall avec une frustration évidente mais contrôlée. On sent dans ses mots le poids de cette attente répétée, de ces espoirs soulevés puis déçus, de cette préparation intense pour un combat qui ne venait jamais.
La distinction qu’Aspinall fait ensuite est importante pour comprendre sa position et sa frustration. « Je n’ai donc pas attendu toute l’année. Je croyais que le combat allait avoir lieu. Tout le monde me demandait : ‘Pourquoi attends-tu ?’ Je n’attendais pas. On m’annonçait que le combat allait avoir lieu, alors je ne pouvais rien faire. J’étais complètement lié aux décisions de l’UFC. »
Cette révélation soulève des questions fondamentales sur le pouvoir de l’UFC sur ses combattants. Les contrats UFC donnent à l’organisation un contrôle quasi-total sur le choix des adversaires, le timing des combats, la promotion des événements et les obligations médiatiques. Un champion, même avec une ceinture, ne peut pas simplement choisir de combattre quelqu’un d’autre si l’UFC lui dit d’attendre un adversaire spécifique.
La stratégie de l’organisation était claire : Jones contre Aspinall était le plus gros combat possible chez les poids lourds, et l’UFC ne voulait pas « gaspiller » Aspinall contre un autre adversaire. Le potentiel financier était énorme en termes de pay-per-view, de billetterie et de partenariats. Mais cette stratégie a laissé Aspinall dans une situation impossible.
S’il refusait d’attendre, il risquait de perdre le combat contre Jones et peut-être même sa ceinture intérimaire. S’il acceptait de combattre quelqu’un d’autre, l’UFC aurait pu annuler définitivement Jones contre Aspinall. S’il critiquait publiquement l’UFC, il risquait de tendre ses relations avec l’organisation qui contrôle sa carrière. « J’étais complètement lié aux décisions de l’UFC » résume parfaitement l’impuissance d’un champion face au pouvoir de l’organisation.
La référence à Michael Chandler n’est pas anodine. Le combattant américain a attendu près de deux ans pour un combat contre Conor McGregor qui ne s’est jamais concrétisé, perdant ainsi ses meilleures années de compétition. Il existe des similitudes évidentes entre les deux situations : l’attente d’une superstar, les promesses répétées de l’UFC, l’inactivité prolongée et la frustration publique croissante.
Mais il existe également des différences cruciales. Aspinall a finalement obtenu la ceinture unifiée lorsque Jones a pris sa retraite. Il n’a attendu « que » treize mois entre juillet 2024 et octobre 2025 avec le combat contre Gane, comparé aux deux ans de Chandler. Et contrairement à Chandler qui a fini par exprimer publiquement sa frustration, Aspinall a maintenu un discours respectueux envers l’UFC malgré la situation.
Cette capacité à rester diplomatique tout en révélant la réalité frustrante de sa situation montre la maturité politique d’Aspinall. Il dit la vérité sans brûler ses ponts, reconnaît ses contraintes sans jouer la victime, et maintient sa position sans créer de conflit inutile avec l’organisation qui contrôle sa carrière.
Le combat contre Ciryl Gane : prouver sa valeur

Au moment de ces interviews en septembre-octobre 2025, Tom Aspinall se préparait à défendre son titre des poids lourds pour la première fois contre l’ancien champion intérimaire français Ciryl Gane lors de l’UFC 321 à l’Etihad Arena d’Abu Dhabi le 25 octobre. Ce combat représentait plusieurs enjeux majeurs pour le champion britannique.
C’était sa première défense du titre unifié. Bien qu’Aspinall ait défendu avec succès son titre intérimaire contre Curtis Blaydes en juillet 2024, c’était sa première défense en tant que champion incontesté. Une victoire validerait définitivement sa position au sommet de la division et effacerait toute controverse sur la manière dont il avait obtenu la ceinture suite à la retraite de Jones.
C’était également l’opportunité de prouver ses déclarations audacieuses. Aspinall avait déclaré à Piers Morgan : « Samedi à Abu Dhabi, j’aurai l’occasion de prouver que mes paroles ne sont pas que des mots, et que je suis réellement, comme je le dis moi-même, le meilleur poids lourd du monde aujourd’hui. » Cette déclaration mettait une pression considérable sur ses épaules. Après avoir proclamé sa supériorité, il devait maintenant le démontrer contre un adversaire de calibre mondial.
Ciryl Gane représentait un défi technique majeur, peut-être le plus grand de la carrière d’Aspinall. Ancien kickboxeur de haut niveau, Gane possède une mobilité exceptionnelle pour un poids lourd, une technique de striking supérieure avec précision et variété, et une allonge avantageuse de 2,03 m contre 1,98 m pour Aspinall. Son QI combatif élevé lui permet de s’adapter en combat, et son expérience au plus haut niveau en tant qu’ancien champion intérimaire ayant affronté Francis Ngannou et Jon Jones en faisait un test ultime.
Le contraste de styles promettait un combat fascinant. Aspinall représente l’explosivité pure, le finisseur avec une puissance brute capable de terminer n’importe qui en quelques secondes. Gane incarne la technique mobile, le combattant aux points qui utilise sa mobilité et sa précision pour dominer à distance. C’était la puissance explosive contre la technique mobile, le bulldozer contre le matador.
Malheureusement, le combat s’est terminé de manière controversée et frustrante. Gane a dominé le premier round techniquement, utilisant sa mobilité pour éviter la puissance d’Aspinall et marquant des points avec ses frappes précises. Puis, à 4 minutes 35 du premier round, un coup accidentel a atteint l’œil d’Aspinall. Le champion britannique n’a pas pu continuer, et le combat a été déclaré « sans décision ». Aspinall a conservé sa ceinture selon le règlement UFC, et Dana White a immédiatement annoncé un rematch.
Cette issue a empêché Aspinall de « prouver » définitivement ses affirmations lors de cette soirée. Ironiquement, le combat a soulevé de nouvelles questions plutôt que d’apporter des réponses. Aspinall aurait-il pu renverser la situation avec son explosivité habituelle s’il avait eu cinq rounds complets ? Gane aurait-il maintenu sa domination technique sur la distance ? La blessure à l’œil était-elle aussi grave qu’annoncé, ou Aspinall cherchait-il une sortie face à un adversaire qui le dominait ?
Ces questions ne pourront trouver réponse que lors du rematch programmé. En attendant, Aspinall reste champion, mais avec un astérisque à côté de son statut qui ne disparaîtra qu’avec une victoire convaincante contre le Français.
L’analyse stratégique : pourquoi Jones a choisi la retraite
Bien qu’Aspinall ait fait preuve de compréhension envers la position de Jones, il est intéressant d’analyser plus en profondeur les raisons probables de la retraite de « Bones ». Comme Aspinall l’a lui-même reconnu, l’analyse risque-récompense était défavorable pour Jones. Pour le champion historique, le risque était maximal : perdre le statut de GOAT incontesté qu’il avait mis 15 ans à construire. La récompense était minimale : battre un champion moins connu internationalement n’ajoutait pas grand-chose à son héritage déjà légendaire.
Pour Tom Aspinall, l’équation était inversée. Le risque était modéré : une défaite contre le GOAT est compréhensible et n’aurait pas détruit sa carrière. La récompense était maximale : battre Jones l’aurait propulsé instantanément au statut de superstar mondiale et aurait fait de lui l’homme qui a vaincu le plus grand de tous les temps.
Cette asymétrie est similaire à celle qu’a connue Floyd Mayweather Jr. en boxe vers la fin de sa carrière. Quand vous avez tout gagné et construit un héritage parfait ou quasi-parfait, chaque combat devient un danger potentiel pour cet héritage, tandis que la récompense d’une victoire de plus diminue. C’est la malédiction du succès absolu.
Les facteurs physiques ont également joué un rôle crucial dans la décision de Jones. À 37-38 ans, il faisait face au déclin athlétique naturel inévitable : les réflexes ralentissent, la vitesse diminue, la récupération prend plus de temps. Son historique de blessures, avec plusieurs opérations au cours de sa carrière, représentait un facteur de risque supplémentaire. L’usure accumulée après 16 ans de combats au plus haut niveau ne peut être ignorée. Et chez les poids lourds, les coups encaissés sont plus dangereux que dans les catégories inférieures où Jones avait passé la majorité de sa carrière.
Les facteurs financiers ont probablement également influencé sa décision. Jones avait probablement atteint ses objectifs financiers avec des salaires UFC considérables de plusieurs millions par combat, des sponsorings et partenariats lucratifs, des investissements personnels intelligents et la sécurité financière assurée pour sa famille. Le combat contre Aspinall, bien que lucratif, n’était peut-être pas suffisamment attractif financièrement pour justifier le risque physique et l’investissement en temps et en préparation.
L’héritage et le timing ont sans doute été les facteurs décisifs. Jones a peut-être calculé que partir invaincu, ou quasi-invaincu avec sa seule « défaite » étant une disqualification controversée, préservait parfaitement son héritage. Partir champion est symboliquement puissant, le dernier combat restant théoriquement une victoire. Il a également pu observer comment de nombreux GOATs ont terni leur héritage en continuant trop longtemps : Muhammad Ali dans ses dernières années, Roy Jones Jr. qui a continué bien au-delà de son prime, Chuck Liddell dont les derniers combats ont été difficiles à regarder.
Jones a choisi d’éviter ce destin en partant au sommet, ou du moins avant que le déclin devienne visible et embarrassant. C’est une décision intelligente d’un point de vue de l’héritage, même si elle frustre les fans qui voulaient voir le superfight contre Aspinall.
L’impact sur l’héritage des deux combattants
La retraite de Jon Jones sans avoir affronté Tom Aspinall laissera inévitablement un astérisque dans les discussions sur son héritage. Les critiques diront toujours qu’il a évité le combat le plus dangereux de sa carrière, qu’il est parti avant d’affronter le meilleur poids lourd actuel, qu’il n’a pas unifié les titres intérimaire et incontesté, et qu’il a choisi le moment de son départ pour préserver son record.
Les défenseurs de Jones rétorqueront qu’il a tout accompli et n’avait rien à prouver, que son palmarès de 28 victoires et 1 défaite parle de lui-même, qu’il a battu tous les meilleurs de son époque sans exception, et qu’un combattant a le droit de choisir quand partir, surtout après avoir tout gagné.
Historiquement, les combattants qui partent à leur apogée ou juste après sont généralement mieux considérés que ceux qui continuent jusqu’à la défaite. Rocky Marciano est révéré en partie parce qu’il est parti invaincu. Muhammad Ali, malgré sa grandeur, a des derniers combats difficiles qui ternissent légèrement son héritage. Le verdict probable est que Jones restera le GOAT indiscuté pour la majorité des fans et analystes, mais le débat « et s’il avait affronté Aspinall ? » persistera pendant des années, voire des décennies.
Pour Tom Aspinall, l’absence de combat contre Jones impacte également son héritage, mais différemment. Négativement, il n’a pas de victoire « signature » contre une légende pour définir sa carrière. La question permanente « Aurait-il vraiment battu Jones ? » le suivra toujours. Sa reconnaissance auprès du grand public reste limitée comparée à ce qu’elle aurait été avec une victoire sur Jones qui aurait été un tremplin médiatique énorme.
Positivement, il n’a couru aucun risque de défaite qui aurait compromis sa trajectoire ascendante. Il a obtenu la ceinture unifiée sans avoir à combattre pour elle lorsque Jones a renoncé. Il a maintenant la possibilité de construire son propre héritage sans être éternellement « le gars qui a battu Jones » ou « le gars qui a perdu contre Jones ». Et il évite la comparaison directe avec le GOAT, ce qui lui permet d’être jugé sur ses propres mérites.
À 32 ans en 2025, Aspinall a encore potentiellement cinq à huit ans au plus haut niveau devant lui. S’il défend sa ceinture cinq à sept fois contre les meilleurs, domine sa génération de poids lourds, maintient son niveau d’excitation avec des finitions rapides, et reste invaincu ou quasi-invaincu, il pourra alors construire son propre argument de GOAT basé sur son propre parcours, indépendamment de Jones.
Dans dix ans, si Aspinall a régné sur la division pendant des années, les discussions pourraient ne plus porter sur « Aspinall aurait-il battu Jones ? » mais plutôt sur « Aspinall est-il le meilleur poids lourd de l’histoire ? » C’est l’opportunité devant lui, et c’est à lui de la saisir.
Les leçons de cette saga

L’affirmation d’Aspinall « j’avais les mains liées par l’UFC » illustre un problème systémique dans le MMA moderne : les combattants, même champions, ont un contrôle limité sur leur carrière. En boxe, les boxeurs de haut niveau ont généralement plus de pouvoir de négociation, peuvent choisir leurs adversaires dans une certaine mesure, peuvent changer de promoteur s’ils ne sont pas satisfaits, et ont généralement des contrats combat par combat qui leur donnent plus de flexibilité.
Dans l’UFC, la réalité est radicalement différente. Les contrats sont multi-combats et exclusifs, l’organisation décide des adversaires avec peu d’input des combattants, le pouvoir de négociation est limité pour la plupart des athlètes, et la clause de champion impose des obligations spécifiques que le combattant doit respecter sous peine de sanctions.
Cette différence structurelle explique pourquoi certains super-combats MMA ne se concrétisent jamais, alors qu’en boxe, la pression publique et financière finit généralement par forcer les combats, même avec des années de retard comme pour Mayweather contre Pacquiao qui a eu lieu cinq ans trop tard mais a quand même eu lieu.
Le cas Jones contre Aspinall démontre également que le timing est crucial dans le sport de combat. Il y avait une fenêtre optimale pour ce combat qui n’a jamais été saisie. Trop tôt, en 2022-2023, Aspinall n’était pas assez établi pour forcer le combat ni pour justifier le risque pour Jones. Trop tard, en 2024-2025, Jones était trop vieux et trop précautionneux pour accepter le défi. La période 2023-2024 était probablement le moment idéal, mais elle a été gaspillée en négociations, reports et hésitations.
L’histoire du MMA est remplie d’exemples de timing manqué. Anderson Silva contre Georges St-Pierre n’est jamais arrivé malgré des années de discussions et de demandes des fans. Khabib Nurmagomedov contre Georges St-Pierre semblait proche de se concrétiser, mais Khabib a pris sa retraite trop tôt. Fedor Emelianenko contre Brock Lesnar était impossible en raison d’organisations différentes et d’incompatibilité de calendrier.
L’approche d’Aspinall dans ses communications offre également une masterclass en diplomatie de combattant. Il reconnaît objectivement le palmarès supérieur de Jones sans fausse modestie ni flatterie excessive. Il affirme clairement sa supériorité actuelle sans arrogance déplacée. Il distingue intelligemment entre l’histoire et le présent, entre le GOAT et le meilleur actuel. Il explique ses avantages physiques sans dénigrer l’adversaire. Et il maintient sa confiance sans tomber dans l’arrogance excessive qui aliène les fans.
Cette approche contraste favorablement avec le trash-talk excessif de combattants comme Conor McGregor ou Colby Covington qui peut sembler forcé et artificiel, avec l’humilité excessive qui peut être perçue comme un manque de confiance, et avec les déclarations contradictoires qui sapent la crédibilité. Le résultat est qu’Aspinall gagne le respect des fans de Jones tout en maintenant sa propre base de supporters convaincus de sa supériorité.
Et maintenant ?
La priorité absolue pour Tom Aspinall reste de régler définitivement son affaire avec Ciryl Gane. Le combat sans décision de l’UFC 321 n’a satisfait personne et a laissé de nombreuses questions sans réponse qui ternissent légèrement le statut du champion britannique. Pour valider ses affirmations audacieuses sur sa supériorité, Aspinall doit gagner de manière convaincante contre Gane dans le rematch, démontrer sa supériorité technique et physique, prouver sa capacité à s’adapter à un combattant technique et mobile, et confirmer son statut de meilleur poids lourd actuel.
Une victoire éclatante silencierait les sceptiques qui pensent que Gane dominait le premier round avant l’arrêt et qui suggèrent qu’Aspinall a utilisé la blessure à l’œil comme excuse pour éviter une défaite. Une performance dominante effacerait ces doutes et établirait définitivement Aspinall comme le roi incontesté de la division.
Avec Jon Jones hors de l’équation définitivement, Aspinall a maintenant l’opportunité et la responsabilité de définir l’ère post-Jones des poids lourds UFC. Les adversaires potentiels pour établir son héritage incluent une trilogie avec Curtis Blaydes qui possède une victoire par blessure sur Aspinall et qui pourrait mériter une troisième confrontation, un rematch avec Sergei Pavlovich qu’il a KO en 1 minute 9 secondes mais qui reste un danger avec sa puissance, un rematch avec Alexander Volkov qu’il a soumis en 2022 mais qui a continué à s’améliorer, et les nouveaux challengeurs qui émergeront inévitablement car la division continue d’évoluer.
Pour cimenter son héritage de manière indiscutable, Aspinall doit accumuler cinq à sept défenses de titre contre les meilleurs challengers disponibles, rester invaincu ou ne perdre qu’une fois maximum pour maintenir un palmarès dominant, maintenir son rythme de finition rapide qui fait de lui un combattant unique et excitant, élargir son arsenal technique pour montrer sa complétude et ne pas être unidimensionnel, et devenir champion de longue durée pendant trois à cinq ans minimum.
S’il accomplit cela, dans cinq à dix ans, les discussions sur « Aspinall aurait-il battu Jones ? » seront remplacées par « Aspinall est-il le meilleur poids lourd de l’histoire ? » C’est le défi devant lui, et seul lui peut relever ce défi par ses performances dans l’octogone.
La question éternelle demeure : qui aurait gagné entre Tom Aspinall dans son prime et Jon Jones ? Les arguments pour Aspinall incluent sa jeunesse et son athlétisme supérieurs, sa puissance de frappe dévastatrice prouvée contre tous ses adversaires, sa vitesse exceptionnelle pour un poids lourd qui lui donne un avantage unique, sa capacité de finition prouvée avec une moyenne de 1 minute 9 secondes, et le fait qu’il soit un poids lourd naturel tandis que Jones est monté de catégorie.
Les arguments pour Jones incluent son QI combatif incomparable développé sur 16 ans au plus haut niveau, son expérience contre tous les types de combattants imaginables, son avantage d’allonge significatif de 17 cm qui lui a toujours donné un avantage, son wrestling défensif exceptionnel qui a neutralisé les meilleurs wrestlers de l’histoire, sa capacité d’adaptation en combat légendaire qui lui a permis de gagner même les combats difficiles, et son savoir gagner les combats serrés que peu de combattants possèdent.
Le verdict est impossible à déterminer sans le combat réel. C’est précisément ce qui rend cette histoire si frustrante pour les fans de MMA et ce qui alimentera les débats pendant des décennies. Nous ne saurons jamais avec certitude, et c’est peut-être cela qui rend l’histoire encore plus fascinante.
Ce qui ressort de toute cette saga, c’est un respect mutuel inattendu entre deux guerriers. Jones respectait suffisamment Aspinall pour considérer le combat trop risqué par rapport à son héritage déjà établi, ce qui est en soi une forme de compliment. Aspinall respecte suffisamment Jones pour reconnaître objectivement la supériorité de son palmarès tout en affirmant sa propre supériorité actuelle, démontrant une maturité rare.
Dans un sport souvent dominé par le trash-talk gratuit et les provocations calculées pour vendre des combats, cette classe mutuelle est rafraîchissante et digne d’admiration. Les deux hommes ont montré qu’il est possible d’être compétiteur et confiant sans être irrespectueux ou arrogant.
Quentin, 27 ans, passionné par les sports de MMA. Suivez mon aventure au coeur de tous les combats MMA !



